Retrouver ses ancêtres juifs demande une méthode particulière. Les actes civils ne disent pas toujours qu’une personne était juive. Les noms ont changé de langue, de forme et parfois de pays. Des registres communautaires ont disparu, d’autres dorment encore dans une synagogue, une bibliothèque ou un dépôt d’archives à Jérusalem.
Il faut apprendre à chercher autrement. Lire une inscription hébraïque. Relier un Maurice français à un Moshe religieux. Repérer une ketouba chez un notaire. Suivre une famille de Metz à Bruxelles, puis de Bruxelles à Paris. Et parfois reconstruire tout un foyer à partir d’une liste de déportation ou d’un dossier de spoliation.
Ce guide est consacré à ces sources particulières. Il ne reprend pas les bases de la généalogie classique. Il montre où chercher les traces qu’une famille a laissées précisément parce qu’elle était juive, ou parce qu’une administration l’a considérée comme telle.
Sommaire
- Peut-on prouver qu’un ancêtre était juif ?
- Comprendre les noms juifs
- Les sources religieuses et communautaires
- Les bases indispensables
- Ce que racontent les tombes juives
- Chercher en France
- L’Alsace et la Lorraine
- Bordeaux, Bayonne et les Juifs portugais
- Les Juifs du pape
- Chercher en Belgique
- Chercher en Allemagne
- Les archives de la Shoah
Peut-on prouver qu’un ancêtre était juif ?
La première étape pour distinguer de la judéité d’un ancêtre pourrait être son nom… et pourtant, pas spécialement ! Un nom comme Lévy, Cohen, Dreyfus ou Bloch ne constitue pourtant pas une preuve. Des familles sans lien de parenté portent les mêmes noms, tandis que quantité de familles juives ont des patronymes impossibles à distinguer de ceux de leurs voisins.
La preuve la plus solide vient d’un document qui relie clairement la personne à une communauté ou à un acte religieux :
- une ketouba, le contrat religieux de mariage ;
- un registre de circoncision ;
- un acte de mariage délivré par une synagogue ou un consistoire ;
- une inscription funéraire hébraïque ;
- un registre de la confrérie chargée des funérailles ;
- une liste de membres ou de contribuables d’une communauté ;
- un acte de conversion au judaïsme ;
- un acte de divorce religieux, appelé guet ;
- un registre rabbinique ou communautaire.
Comprendre les noms juifs
Une même personne peut porter plusieurs noms parfaitement légitimes. C’est l’un des grands pièges de la généalogie juive.
Un homme appelé Jacques Meyer dans l’état civil français peut apparaître sous le nom de Yaakov ben Meïr dans une ketouba ou sur une tombe. Un Maurice peut être Moshe dans les documents religieux. Une Anna peut être Hana, Hene ou Chana selon la langue du scribe et le pays traversé.
Le nom religieux
Dans les actes religieux, une personne est souvent identifiée par son prénom hébraïque suivi de celui de son père :
- Yaakov ben Moshe : Yaakov, fils de Moshe (Jacques fils de Moïse) ;
- Sarah bat Avraham : Sarah, fille d’Avraham (Sarah fille d’Abraham).
Ce système ne fonctionne pas comme un patronyme civil. « Ben Moshe » signifie « fils de Moshe », pas « monsieur Benmoshe ». Une génération plus haut, Moshe peut lui-même être désigné comme Moshe ben David.
Le nom usuel
À côté du nom religieux existe le nom employé dans la vie quotidienne. Il peut être français, allemand, yiddish, espagnol ou judéo-espagnol. Les Ashkénazes utilisaient fréquemment des formes yiddish et des diminutifs familiaux. Certains prénoms possèdent des dizaines de variantes.
La Given Names Database de JewishGen aide à relier les formes hébraïques, yiddish et civiles. Bien qu’elle ne donne pas une équivalence certaine, elle fournit une liste de correspondances possibles à vérifier dans les documents.
Les variantes orthographiques
Les noms voyageaient avec ceux qui les portaient. Un fonctionnaire français écrivait ce qu’il entendait. Un employé belge recopiait une graphie allemande. Une famille venue de Pologne pouvait utiliser successivement des documents russes, polonais, allemands et français.
Il faut rechercher chaque nom sous plusieurs formes :
- Levy, Lévy, Levi, Lewi, Lewy ;
- Jakob, Jacob, Jacques, Yaakov ;
- Hirsch, Hersz, Herschel, Cerf ;
- Moses, Moïse, Moshe, Moyshe ;
- Schwarz, Schwartz, Szwarc, Shvarts.
Prenons l’exemple, bien connu, du nom Moïse, issu du patriarche biblique. En hébreu, ce prénom se dira Moshe, ou מֹשֶׁה. En yiddish, il pourrait s’écrire Maushe, Moshe ou Moushe ; selon les localités, il pourra aussi se prononcer selon les surnoms Moshek, Moshke, Moshl, Moshman, Mosko ou Moyshl. En France, on les retrouve renommés en Max et Maurice, alors qu’aux États-Unis, on trouvera des Morris, Moses, et en Pologne : Moschek, Moschko, … de quoi en perdre son latin !
JewishGen propose une recherche unifiée avec rapprochement phonétique. Le Soundex Daitch-Mokotoff, conçu pour les noms d’Europe centrale et orientale, retrouve souvent des variantes qu’une recherche littérale laisserait passer.
Les noms de lieux changent aussi
Lviv a également été Lwów, Lemberg et Lvov. Strasbourg a basculé entre souverainetés française et allemande. Une personne née dans la même ville peut être dite française, allemande, polonaise, russe ou autrichienne selon la date du document.
Il faut donc noter pour chaque lieu :
- son nom actuel ;
- ses anciennes formes ;
- l’État auquel il appartenait au moment de l’événement ;
- le district administratif ou religieux ;
- la communauté juive dont dépendaient ses habitants.
Les sources religieuses et communautaires
La ketouba
La ketouba est le contrat établi lors du mariage religieux. Elle donne généralement les noms hébraïques des époux, ceux de leurs pères, la date selon le calendrier hébraïque, le lieu et les témoins. C’est une pièce unique, qui ne possède pas de copie ailleurs : vous n’en trouverez dès lors pas normalement aux archives.
Une ketouba conservée dans une famille peut résoudre plusieurs problèmes d’un coup. Elle relie le nom civil au nom hébraïque, confirme la génération précédente et permet d’identifier une communauté.
En France, les contrats juifs ont parfois été traduits ou déposés chez un notaire. C’est particulièrement vrai à Metz et en Alsace aux XVIIe et XVIIIe siècles. Lorsqu’une ketouba familiale a disparu, il faut donc vérifier les minutes notariales, les inventaires après décès et les dossiers de mariage.
Les carnets de circoncision
Le mohel, chargé de la circoncision, pouvait tenir un carnet appelé mohelbuch. On y rencontre le nom hébraïque de l’enfant, celui de son père, la date de naissance ou de circoncision et parfois le lieu de résidence.
Ces carnets sont redoutablement utiles avant l’état civil. Leur conservation est capricieuse. Certains sont restés dans les familles des mohalim. D’autres ont rejoint une synagogue, une bibliothèque ou une collection située hors du pays.
Les pinkassim
Le pinkas est le registre interne d’une communauté, d’une synagogue ou d’une confrérie. Il peut contenir des élections, des comptes, des admissions, des taxes, des litiges, des aides aux pauvres, des mariages et des décès.
Du XVIe au XIXe siècle, de nombreuses communautés européennes ont tenu de tels registres. Une partie est aujourd’hui dispersée dans le monde. Le Pinkasim Project de la Bibliothèque nationale d’Israël localise, décrit et numérise ces documents.
Les Central Archives for the History of the Jewish People, à Jérusalem, conservent des archives de centaines de communautés, des registres originaux et des copies provenant de dépôts étrangers. Leur catalogue doit être interrogé avec le nom de la ville, pas seulement avec celui de la famille.
La Hevra Kadisha
La Hevra Kadisha est la confrérie chargée des morts et des funérailles. Ses registres peuvent donner le nom hébraïque du défunt, celui de son père, la date du décès, l’emplacement de la tombe et les frais engagés.
Dans les communautés d’immigrants, on trouve parfois la ville d’origine. Cette simple mention peut rouvrir une piste bloquée depuis des années.
Le guet et les dossiers rabbiniques
Le guet est l’acte de divorce religieux. Son établissement exige une identification précise des conjoints. Les documents préparatoires peuvent mentionner plusieurs formes de leurs noms, leurs pères, leurs domiciles et les témoins.
Les archives rabbiniques renferment aussi des consultations sur les filiations, les successions, les remariages, les personnes disparues et les conversions. Ces textes sont rarement indexés par nom. Ils demandent souvent une lecture de l’hébreu et une bonne connaissance du contexte local.
Les Memorbücher
Les Memorbücher, ou livres du souvenir, conservent les noms de défunts, de bienfaiteurs et de victimes de persécutions. Leur contenu varie beaucoup. Pour certaines communautés allemandes, ils constituent l’une des rares portes ouvertes sur les familles anciennes.
Les bases indispensables
JewishGen
JewishGen constitue le premier carrefour international de la généalogie juive. On y trouve des bases nominatives, des relevés de cimetières, des projets par pays, des livres du souvenir et des pages consacrées aux anciennes communautés.
Les recherches doivent être relancées régulièrement. Les collections sont enrichies et corrigées. Un nom absent aujourd’hui peut apparaître après l’ajout d’un nouveau relevé.
- Recherche unifiée
- Variantes de prénoms
- Sépultures JOWBR
- Yizkor Book Project
- Outils de conversion des dates
Le Cercle de généalogie juive
Le Cercle de généalogie juive est particulièrement utile pour la France. Ses travaux couvrent les prises de noms, les mariages, les registres communautaires, les cimetières et de nombreux fonds dispersés.
La base REGIE est réservée aux adhérents, mais le catalogue du Cercle permet déjà de repérer publications et relevés.
GenAmi
GenAmi offre des ressources sur l’Alsace, la Lorraine, Paris, le Comtat Venaissin et d’autres territoires. On y trouve des dénombrements, prises de noms, contrats et listes locales.
Les Archives centrales du peuple juif
Les Central Archives for the History of the Jewish People doivent être consultées lorsque les archives d’une communauté semblent avoir disparu. Elles conservent des originaux, des microfilms et des copies de documents répartis dans le monde.
Le YIVO
Pour les familles ashkénazes d’Europe orientale, le YIVO Institute for Jewish Research conserve des archives communautaires, scolaires, associatives et personnelles. Une grande partie des fonds européens d’avant-guerre a été numérisée.
Le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
Le mahJ conserve des fonds familiaux liés aux Juifs de France, aux migrations, aux artistes et à l’histoire de l’israélitisme français. Ces collections ne forment pas une base généalogique générale. Une recherche ciblée sur une famille peut néanmoins y révéler correspondances, photographies et papiers personnels.
Ce que racontent les tombes juives
Une pierre tombale juive peut livrer davantage qu’un acte de décès. On y trouve souvent le nom hébraïque du défunt et celui de son père. La pierre relie alors deux générations que l’état civil n’avait pas rapprochées.
| Inscription | Signification |
|---|---|
| פ״נ | « Ici repose » ou « ici est enterré » |
| בן | Fils de |
| בת | Fille de |
| הכהן | Le Cohen |
| הלוי | Le Lévi |
| תנצב״ה | Formule finale souhaitant que l’âme soit liée au faisceau de la vie |
La date est généralement exprimée selon le calendrier hébraïque. Le jour religieux commence au coucher du soleil, ce qui peut provoquer un décalage d’un jour avec l’acte civil.
Le convertisseur de calendrier de JewishGen transforme les dates hébraïques en dates grégoriennes et inversement. En cas de doute, il faut conserver la date originale et signaler le décalage possible.
La base JOWBR rassemble des relevés et photographies provenant de milliers de cimetières juifs. Pour l’Allemagne, la base épigraphique Epidat du Steinheim-Institut offre des transcriptions, traductions et photographies de dizaines de milliers de pierres.
Les symboles sculptés doivent être maniés avec retenue. Des mains bénissantes évoquent généralement un Cohen. Une aiguière peut renvoyer à un Lévi.
Retrouver des ancêtres juifs en France
À la veille de la Révolution, les populations juives de France appartiennent à plusieurs mondes distincts. Les communautés ashkénazes d’Alsace et de Lorraine n’ont ni la même histoire ni les mêmes archives que les Juifs portugais de Bordeaux et Bayonne ou les Juifs du pape du Comtat Venaissin.
Les Juifs portugais, espagnols et avignonnais obtiennent les droits de citoyen en janvier 1790. L’émancipation est étendue à tous les Juifs de France le 27 septembre 1791. L’organisation consistoriale apparaît sous Napoléon en 1808. Le décret du 20 juillet 1808 oblige les personnes suivant le culte hébraïque qui ne possèdent pas encore de nom fixe à déclarer un nom de famille et des prénoms devant l’officier de l’état civil. Ces dates sont une charnière capitale. Ils raccordent les anciens modes de désignation aux patronymes transmis depuis le XIXe siècle.
Les archives consistoriales
Les consistoires ont pu conserver :
- des mariages religieux ;
- des décès et inhumations ;
- des listes de membres ;
- des contribuables du culte ;
- des écoles et œuvres charitables ;
- des nominations de rabbins et ministres officiants ;
- des concessions funéraires ;
- des correspondances avec les communautés locales.
À Paris, les mariages religieux consistoriaux sont enregistrés depuis le XIXe siècle. Tous les couples juifs ne passaient cependant pas par une synagogue consistoriale. Une absence dans ces registres ne prouve donc pas l’absence de mariage religieux.
Les archives consistoriales françaises ne sont pas toutes réunies dans un dépôt public. Il faut chercher auprès du consistoire régional, de la synagogue, des Archives départementales et parfois de l’Alliance israélite universelle.
L’Alliance israélite universelle
Fondée à Paris en 1860, l’Alliance israélite universelle a développé un vaste réseau scolaire et philanthropique. Ses archives documentent des enseignants, des élèves, des écoles et des communautés de France, du bassin méditerranéen, des Balkans et du Proche-Orient.
Le portail de l’Alliance israélite universelle donne accès à une bibliothèque numérique, au catalogue Rachel et à la base descriptive des archives. Les archives historiques de l’AIU couvrent notamment la période 1860-1940 et se consultent sur rendez-vous.
Pour une famille passée par une école de l’Alliance, un dossier d’enseignant ou une correspondance locale peut contenir un état civil détaillé, une affectation, un mariage ou le déplacement de toute une famille.
L’Alsace et la Lorraine
L’Alsace et la Lorraine forment le principal terrain de la généalogie juive ancienne en France. Les communautés étaient nombreuses, souvent rurales, et très liées entre elles par les mariages.
Le dénombrement de 1784
Le dénombrement ordonné en 1784 recense les Juifs autorisés à résider en Alsace. Il décrit les foyers par localité, avec le chef de famille, l’épouse et les enfants.
Il faut garder son contexte en tête. Le document répond à une volonté de contrôle. Les personnes sans droit de résidence, les voyageurs et certains colporteurs ont pu échapper au relevé.
Une version interrogeable est proposée par GenAmi. Le Cercle de généalogie juive fournit également une présentation de ce document essentiel.
Les prises de noms de 1808
Les déclarations de 1808 peuvent donner l’ancienne désignation, le patronyme adopté, les prénoms, les membres du foyer et le domicile. Elles ne doivent pas être lues comme un simple index de noms.
GenAmi propose un inventaire de relevés alsaciens comprenant prises de noms, mariages, recensements et contrats. Le Cercle de généalogie juive alimente de son côté la base REGIE à partir de fonds français et étrangers.
Le registre juif de Metz
Metz possède une source exceptionnelle : le registre de l’état civil de la communauté juive pour la période 1717-1792. Les trois volumes conservés aux Archives départementales de la Moselle contiennent naissances, mariages et décès.
Des tables ont été établies pour faciliter la reconstitution des familles. Elles sont signalées dans le catalogue du Cercle de généalogie juive.
Ailleurs en Lorraine, les registres équivalents sont beaucoup plus rares. Les contrats notariés, déclarations de 1808, rôles fiscaux et cimetières prennent alors le relais.
Bordeaux, Bayonne et les Juifs portugais
La recherche change complètement dans le Sud-Ouest. Ici, on rencontre des familles venues de la péninsule Ibérique, souvent désignées comme « Portugais », « marchands portugais » ou « nouveaux chrétiens ».
Certaines familles ont longtemps maintenu une apparence catholique. Les registres paroissiaux peuvent donc contenir des baptêmes, mariages ou sépultures de personnes qui rejoignent ensuite ouvertement une communauté juive.
Les Archives de Bordeaux Métropole conservent, dans la série GG, des registres du culte israélite concernant les Portugais et les Avignonnais. Les registres sont consultables en ligne.
On y trouve notamment des circoncisions, naissances, mariages et décès des XVIIIe et fin XVIIe siècles. Les registres de circoncision sont particulièrement précieux pour relier un nom portugais au nom religieux de l’enfant et à son père.
Pour Bayonne, Saint-Esprit, Bidache et Peyrehorade, il faut également rechercher :
- les registres tenus par les mohalim ;
- les délibérations de la Nation juive portugaise ;
- les déclarations de noms de 1808 ;
- les correspondances commerciales ;
- les minutes notariales ;
- les liens avec Amsterdam, Londres, Curaçao et les ports atlantiques.
Le Cercle de généalogie juive a dressé une liste de ressources nominatives pour Bayonne et Saint-Esprit, avec les références des déclarations de noms de 1808.
Les Juifs du pape
Avignon et le Comtat Venaissin relevaient de l’autorité pontificale avant leur rattachement à la France. Les communautés d’Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue vivaient dans des quartiers appelés « carrières ».
À partir de 1763, ces communautés durent tenir des registres propres pour les naissances et circoncisions, les mariages et les décès. Les séries subsistantes couvrent principalement la période allant jusqu’en 1792.
L’Inguimbertine de Carpentras conserve aussi des manuscrits, contrats de mariage, livres de raison, rituels et documents provenant de familles judéo-comtadines.
Pour remonter plus loin, il faut explorer :
- les règlements des carrières ;
- les listes de résidents ;
- les permissions de sortie ;
- les comptes communautaires ;
- les taxes ;
- les tutelles ;
- les actes notariés ;
- les procès devant les juridictions pontificales.
Ces documents ne ressemblent pas à un état civil. Ils font pourtant apparaître les mêmes familles pendant plusieurs générations, avec leurs métiers, leurs dettes, leurs alliances et leurs conflits.
Retrouver des ancêtres juifs en Belgique
La généalogie juive belge est marquée par les migrations. Aux familles installées depuis le XVIIIe siècle se sont ajoutés des Juifs venus des Pays-Bas, d’Allemagne, de Pologne, de Russie, de Roumanie et de l’ancien Empire austro-hongrois.
Une famille peut avoir séjourné quelques années à Liège, Bruxelles ou Anvers avant de gagner Paris, Londres, l’Amérique ou la Palestine. Le passage belge, parfois oublié par les descendants, a souvent laissé un dossier très fourni.
La Police des étrangers
Les Archives générales du Royaume conservent une immense collection de dossiers individuels d’étrangers. Les fiches peuvent donner le nom, la date et le lieu de naissance, la profession, la nationalité et le numéro du dossier.
Le dossier lui-même peut contenir :
- une photographie ;
- un passeport ;
- des actes étrangers ;
- la composition de la famille ;
- les parents restés au pays ;
- les adresses successives ;
- les passages de frontière ;
- des enquêtes de police ;
- des demandes de séjour ou d’expulsion.
Une partie des fiches de la période 1830-1890 a été indexée grâce au projet Immibel. La marche à suivre est expliquée sur le site des Archives de l’État en Belgique.
La religion n’est pas nécessairement indiquée. L’intérêt du dossier tient surtout à l’identification du lieu d’origine, indispensable pour poursuivre dans les archives allemandes ou orientales.
Les communautés belges
Les archives du Consistoire central israélite de Belgique, des synagogues, des œuvres sociales et des écoles peuvent fournir des mariages, adhésions, secours, inhumations et correspondances.
Le Musée juif de Belgique conserve des collections relatives à l’histoire des populations juives présentes dans le pays depuis le XVIIIe siècle. Les fonds doivent être interrogés avec les noms de familles, d’associations et de localités.
Kazerne Dossin
Pour la période 1940-1944, la Kazerne Dossin à Malines est incontournable. Le centre conserve les listes des convois partis vers Auschwitz-Birkenau et d’autres camps, ainsi qu’une importante documentation nominative.
Les listes mentionnent généralement le nom, la date et le lieu de naissance, la profession et la nationalité. Le portail présente les transports partis de Malines.
Il faut aussi y chercher les Juifs du Nord et du Pas-de-Calais déportés depuis Malines, ainsi que les personnes passées de Belgique en France avant leur arrestation.
Retrouver des ancêtres juifs en Allemagne
La première difficulté allemande est géographique. Il n’existe pas un fonds national réunissant tous les actes des familles juives. Chaque ancien État a produit ses propres registres et imposé ses règles à des dates différentes.
Il faut d’abord identifier la commune exacte et son appartenance historique : Prusse, Bavière, Bade, Wurtemberg, Hesse, Rhénanie ou autre territoire.
Les registres juifs
Les termes à rechercher dans les catalogues allemands sont notamment :
- Judenregister ;
- Judenmatrikel ;
- Israelitische Standesregister ;
- Familienregister ;
- Geburtsregister ;
- Heiratsregister ;
- Sterberegister ;
- Beschneidungsbuch.
Le Landesarchiv Baden-Württemberg conserve de nombreux registres de communautés juives du XIXe siècle, parfois plus anciens. Ils réunissent naissances, mariages, décès, circoncisions, cimetières et listes de membres.
Les fonds majeurs sont :
- J 386 au Hauptstaatsarchiv Stuttgart ;
- 390 Standesbücher au Generallandesarchiv Karlsruhe ;
- L 10 au Staatsarchiv Freiburg.
Les registres numérisés sont accessibles dans le catalogue en ligne du Landesarchiv.
Les listes d’adoption des noms
Les patronymes héréditaires ont été adoptés à des dates différentes selon les États allemands. Une liste peut associer l’ancien nom, le nouveau patronyme, la commune, la profession et parfois les membres du foyer.
Il faut rechercher les expressions Namensannahme, Familiennamen et Judenmatrikel. Les territoires de la rive gauche du Rhin administrés par la France peuvent posséder des déclarations comparables à celles de 1808.
Les cimetières
L’Allemagne conserve un patrimoine funéraire juif particulièrement ancien. La base Epidat du Steinheim-Institut permet d’explorer les inscriptions hébraïques et allemandes, les photographies et les notices biographiques.
Une tombe allemande peut faire le lien entre un nom civil récent et un patronyme religieux plus ancien. Les parcelles familiales et les tombes voisines doivent être examinées ensemble.
Le Gedenkbuch
Le Gedenkbuch du Bundesarchiv documente les victimes juives de la persécution nazie ayant résidé en Allemagne. La recherche porte sur les noms, noms de naissance, dates, lieux, émigrations, internements et déportations.
Les archives de la Shoah
La Shoah a détruit des familles entières et anéanti des communautés. Elle a aussi produit une masse de documents policiers, administratifs et concentrationnaires.
Le Mémorial de la Shoah
La Salle des noms du Mémorial de la Shoah accompagne les recherches sur les Juifs déportés depuis la France. Elle permet également de transmettre des corrections et des documents familiaux.
Il faut chercher sous le nom de naissance, le nom marital, les variantes orthographiques, les fausses identités éventuelles et les différentes dates de naissance rencontrées.
Les dossiers de spoliation
La sous-série AJ/38 des Archives nationales conserve les archives du Commissariat général aux questions juives et du Service de restitution.
Les dossiers d’aryanisation et de restitution peuvent contenir :
- la composition du foyer ;
- les adresses ;
- les professions et sociétés ;
- les biens immobiliers ;
- les inventaires de commerces ;
- les héritiers ;
- des actes civils ;
- des certificats religieux ;
- les demandes de restitution déposées après la guerre.
La base ARYA, consultable en salle aux Archives nationales, permet de retrouver un dossier par personne, entreprise ou lieu. Les documents microfilmés sont librement communicables.
Les Arolsen Archives
Les Arolsen Archives conservent des documents sur les camps, les prisons, le travail forcé, les personnes déplacées et les recherches familiales d’après-guerre.
On peut y trouver des fiches de détenu, listes de transport, déclarations de personnes déplacées, demandes d’émigration et échanges concernant des disparus. Si le dossier n’est pas entièrement accessible en ligne, une demande nominative peut être déposée.
Yad Vashem
La base des noms de Yad Vashem rassemble des informations provenant de nombreuses sources, dont les Pages de témoignage remplies par les proches.
Le nom du déclarant mérite autant d’attention que celui de la victime. Il peut s’agir d’un frère, d’une cousine ou d’un enfant survivant installé dans un autre pays. C’est parfois là que la famille réapparaît.
Les livres du souvenir
Après la guerre, des survivants et anciens habitants ont rédigé des Yizkor-bikher consacrés aux communautés détruites. Ces livres contiennent des listes de victimes, photographies, souvenirs, biographies et descriptions des familles locales.
La base des Yizkor Books de JewishGen indique les ouvrages existants pour chaque localité, les bibliothèques qui les conservent et les traductions disponibles.












